Take it Like a Man

DIY- Collages-Fanzine

Take it Like a Man

Enfant, j'ai passé beaucoup de temps avec mon cousin B. qui avait 17 ans de plus que moi. Il avait habité chez mes parents quand je suis née, m'envoyait des cartes postales d'Inde en 1979 et m'a légué ses affaires quand il est mort du sida en 1995. C'était un adepte du cruising, à Paris, sur les plages, dans les backrooms. Un adepte de la came aussi, et de la fumette. Fan de musique et branché indouisme.

Quand je retrouve des diapositives d'un voyage au Portugal en 1985,

B. est là en pd flamboyant : casquette en cuir, moustache, teeshirt ultra moulé, short en jean court et ceinture en cuir. Un Cruiser. Le contraste entre les gens du pays qu'on visite et lui est plus que saisissant car B. sort aussi complètement du cadre hétéronormé que nous formons, mes parents et moi.

Le revoir tel qu'il s'affichait, juste avant qu'il n'attrape le virus du sida est très émouvant. Je ne me souvenais absolument pas des codes queer qu'il affichait. J'ai dû les absorber car je suis moi-même lesbienne et queer. De plus en plus.

Toute sa vie à Paris dans les années 80 m'est inconnue. Je le situe par rapport à d'autres mecs alors que j'étais enfant. Tout est archives, faits, statistiques, lettres, et récits, tout comme les cartes postales sont des capsules de mémoire des pays qu'il a visités, ainsi que les lettres envoyées et reçues qui creusent un portrait in absentia de B et de son époque.

Je lui invente un passé.

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